Lyon n’a pas la densité de salles de Paris, mais elle a un théâtre romain, une halle aux bestiaux classée, une usine des eaux et un toit d’entrepôt sucrier où l’on danse jusqu’au matin. Guide des lieux où l’on écoute de la musique entre Rhône et Saône : histoire, jauge, ambiance et accès.
Le 1er octobre 1989, un ancien bâtiment industriel de Villeurbanne, coincé entre le parc de la Tête d’Or et le boulevard périphérique, rouvre ses portes sous un nom emprunté à un pont : le Transbordeur. La ville manquait alors cruellement de lieux entre le café-concert et le Palais des Sports. Elle reste la référence des musiques actuelles dans l’agglomération, celle par laquelle passent les groupes qui remplissent déjà les clubs et pas encore les arénas. Lyon a une géographie musicale à part : la plupart de ses scènes importantes ne sont pas dans Lyon même, mais à Villeurbanne, Caluire, Décines, Feyzin.
Le Transbordeur, l’usine des eaux devenue salle
Le bâtiment est une ancienne usine de traitement des eaux, construite au début du vingtième siècle pour alimenter la ville depuis les nappes du Rhône voisin. Ses hautes fenêtres, sa charpente métallique et ses murs de brique ont été conservés lorsque la Ville en a fait une salle de concert, à une époque où chaque grande ville française voulait sa scène de rock. Le nom fait référence aux ponts transbordeurs à nacelle suspendue, comme ceux de Marseille et Nantes autrefois. La grande salle accueille environ 1 800 personnes debout, sur un plateau assez large pour que le son circule bien, avec une mezzanine qui permet de voir par-dessus la foule. À côté, le Club Transbo est une salle plus petite, quelques centaines de places, où passent les groupes en développement et les soirées électroniques.
L’ambiance dépend beaucoup de la programmation, qui va du métal au rap en passant par la pop indépendante, mais le lieu garde un côté brut, presque industriel, qui convient aux guitares. Des générations de Lyonnais y ont vu leur premier concert important, et une partie de la légende de la salle tient à ses soirées électroniques du début des années 2000, avant les Nuits sonores. Pour s’y rendre, le tramway est la meilleure option : les lignes T1 et T4 s’arrêtent au Tonkin, à quelques minutes à pied, et le métro A dépose à Charpennes pour ceux qui préfèrent marcher un peu le long du parc. En voiture, le stationnement est aléatoire les soirs de grande affluence.
Halle Tony Garnier et LDLC Arena, les deux géantes
À Gerland, dans le sud de la ville, la Halle Tony Garnier est d’abord un chef-d’œuvre d’architecture industrielle. Conçue par l’architecte lyonnais Tony Garnier, achevée en 1914, elle servait de marché aux bestiaux pour les abattoirs voisins de la Mouche. Sa nef de plus de 200 mètres de long, portée par une charpente d’acier sans pilier intermédiaire, était alors l’une des plus vastes d’Europe. Inscrite aux monuments historiques en 1975, sauvée de la démolition, elle a été transformée en salle de spectacle et rouverte en 1988. Depuis, c’est là que se jouent les concerts trop gros pour le Transbordeur et trop petits pour un stade, et pendant plus de trente ans elle a été sans rivale à Lyon pour ce format.

La jauge est modulable, de quelques milliers de places assises à environ 17 000 personnes en configuration debout complète. Le son a longtemps été critiqué, des travaux acoustiques successifs ont amélioré les choses, et la vue reste dégagée grâce à l’absence de poteaux. On y a vu passer à peu près tout ce que la musique populaire compte de têtes d’affiche depuis la fin des années 1980, de Prince à Daft Punk en passant par Radiohead. Le métro B (arrêt Stade de Gerland) et le tramway T1 (arrêt Halle Tony Garnier) desservent le lieu, et la sortie de 15 000 personnes vers une même station de métro fait partie de l’expérience : mieux vaut prévoir de flâner un peu ou de marcher jusqu’à Debourg.
En décembre 2023, une nouvelle salle a ouvert à Décines-Charpieu, à l’est de Lyon, juste à côté du Groupama Stadium où joue l’Olympique lyonnais. La LDLC Arena, portée par le groupe OL et baptisée du nom d’un vendeur de matériel informatique de la région, peut accueillir entre 12 000 et 16 000 personnes selon la configuration. C’est une salle de type aréna, gradins en fer à cheval, loges, écrans, pensée pour les tournées internationales qui, jusque-là, choisissaient souvent Genève ou Marseille plutôt que Lyon. Elle a immédiatement capté une partie des grosses productions pop et rap qui auraient autrefois joué à la Halle.
L’ambiance y est celle d’une salle moderne, confortable et un peu impersonnelle, avec un son propre et des accès pensés pour les foules. Le tramway T3 relie la gare de la Part-Dieu à l’arrêt Décines Grand Large ou à la station Parc OL les soirs d’événement, et la ligne T7 assure aussi des navettes. Le trajet prend une vingtaine de minutes, les rames sont pleines, mais c’est plus simple que la voiture et les parkings du stade, lents à se vider. Mieux vaut arriver tôt et garder en tête que le retour vers le centre après minuit demande de la patience.
Le Sucre, sur le toit de la Sucrière
À la Confluence, là où le Rhône et la Saône se rejoignent au sud de la presqu’île, un ancien entrepôt portuaire des années 1930 porte encore son nom d’origine : la Sucrière. Sur son toit se trouve depuis 2012 une salle de club de quelques centaines de places : Le Sucre. Le lieu est géré par Arty Farty, l’association qui organise les Nuits sonores depuis 2003, et il en est le prolongement à l’année. On y programme des DJ et des live électroniques, de la house à la techno, avec une terrasse qui donne sur l’eau et les toits de Gerland en face.
Le Sucre a une importance qui dépasse sa taille. Il a redonné à Lyon une place dans la géographie des clubs européens, et il sert de laboratoire à une partie de la scène électronique française. L’ambiance y est celle d’un club exigeant sans être snob, public jeune, système son soigné. Le tramway T1 dessert la Confluence (arrêts Hôtel de Région Montrochet ou Sainte-Blandine), et le quai Rambaud se rejoint à pied depuis Perrache en un quart d’heure le long de la Saône. Les soirées finissent après l’arrêt des transports, et le retour se fait souvent à pied ou en vélo en libre-service.
Le Marché Gare, le voisin de Perrache
À quelques centaines de mètres de la Sucrière, mais de l’autre côté de la voie ferrée, le Marché Gare occupe l’emplacement de l’ancien marché de gros de Lyon, actif jusqu’à la fin des années 2000 avant son déménagement à Corbas. La salle est née en 2001 dans un coin des anciens bâtiments, avec une jauge modeste et une programmation tournée vers le rock indé et les scènes locales. Fermée en 2019 pour être entièrement reconstruite dans le cadre du réaménagement du quartier, elle a rouvert à l’automne 2022 dans un bâtiment neuf, avec une grande salle de plusieurs centaines de places et un club plus intime pour les découvertes.

Le Marché Gare est une scène de musiques actuelles conventionnée, gérée par l’association Mediatone : beaucoup de groupes français en début de parcours, des artistes internationaux qui n’ont pas encore les moyens du Transbordeur, des résidences. On y accède par le tramway T1 ou T2 depuis Perrache, ou en marchant depuis la gare, ce qui en fait l’une des salles les plus faciles d’accès de la ville pour qui arrive en train.
Le Ninkasi et le Radiant-Bellevue, deux formats opposés
Le Ninkasi est d’abord une histoire de bière. La brasserie a ouvert à Gerland en 1997, rue Marcel-Mérieux, à deux pas du stade, et elle a très vite ajouté à sa grande salle de restauration une scène de concert, le Kao. Le lieu a essaimé dans toute la région, mais c’est à Gerland que se trouve la salle principale, une jauge de club de quelques centaines de personnes où l’on programme du rock, du métal, du rap, de l’électro et des soirées à thème. On mange, on boit une bière brassée sur place et on descend voir le concert.
L’ambiance est décontractée, parfois bruyante, plus proche d’un grand pub que d’une salle institutionnelle. Le Kao a longtemps été le passage obligé des groupes métal et punk en tournée européenne, et il reste une bonne adresse pour qui veut une salle debout, chaude, sans gradins. Le métro B (arrêts Stade de Gerland ou Debourg) est à quelques minutes à pied.
Tout autre registre à Caluire-et-Cuire, sur le plateau au nord de la Croix-Rousse : le Radiant a été construit dans les années 1970 comme salle des fêtes municipale avant d’être entièrement repensé et rouvert en 2013 sous le nom de Radiant-Bellevue. La salle est modulable, environ 1 200 places assises et davantage debout, avec un plateau assez profond pour accueillir aussi bien du théâtre et de la danse que de la chanson, du jazz et de la pop. C’est la salle où l’on écoute assis des artistes qui n’ont pas besoin de la sueur d’un club : chanteurs français, groupes de folk, musiciens de jazz.
Son atout est le confort, son inconvénient l’accès. Il faut monter sur le plateau par les lignes de bus C1 ou C2 depuis la Part-Dieu, ou se garer dans le quartier, calme et résidentiel. Beaucoup de tournées de chanson française y font étape entre les Zénith et les théâtres, et c’est avec l’Amphithéâtre de la Cité internationale et la Bourse du travail l’une des trois adresses assises à connaître.
L’Épicerie Moderne, une scène au pied de la raffinerie
Feyzin, au sud de Lyon, est surtout connue pour sa raffinerie. C’est pourtant là, à quelques centaines de mètres des torchères, qu’a ouvert en 2005 l’Épicerie Moderne, une scène de musiques actuelles gérée par une association et soutenue par la commune, le département et la région. La grande salle accueille moins d’un millier de personnes debout, avec une acoustique travaillée et une scène assez large, et une salle plus petite sert aux clubs et aux résidences. Le lieu s’est fait une réputation nationale en programmant des groupes indé souvent avant que Paris ne les découvre.
L’ambiance est celle d’une maison de la musique de banlieue qui a réussi : public fidèle, bénévoles, bar convivial. L’accès est le point délicat. Il n’y a pas de tramway, et il faut combiner métro et bus depuis la gare de Vénissieux, prendre un train jusqu’à la gare de Feyzin ou venir en voiture, ce que fait la majorité du public. Le retour vers Lyon demande donc un peu d’organisation, mais la salle vaut le déplacement, et son modèle a inspiré d’autres scènes de périphérie, comme celles de Marseille, Nantes et Bordeaux.
Les Nuits de Fourvière, un théâtre romain pour l’été
Le théâtre antique de Fourvière a été construit sous Auguste, une quinzaine d’années avant notre ère, sur la colline qui dominait la Lugdunum romaine. Redécouvert et dégagé au vingtième siècle, il accueille depuis 1946 un festival d’été, les Nuits de Fourvière, organisé aujourd’hui par la Métropole de Lyon. Chaque année, de début juin à fin juillet, le grand théâtre reçoit environ 4 000 spectateurs par soir sur ses gradins de pierre, pour une programmation qui mélange musique, théâtre, danse et cirque.
Pour la musique, les Nuits de Fourvière ont accueilli au fil des décennies aussi bien des légendes du rock que des artistes de la scène française et des têtes d’affiche de pop, de soul ou d’électro. L’expérience ne ressemble à rien d’autre : le soleil se couche derrière les gradins, la ville s’allume en contrebas et l’acoustique de l’hémicycle porte les voix sans effort. On y accède par le funiculaire depuis Vieux-Lyon (arrêt Minimes-Théâtres romains), et la descente à pied par les jardins jusqu’à Saint-Jean fait partie de la soirée. Les billets des grands noms partent vite, et il vaut mieux connaître les règles de la billetterie et de la revente avant de se lancer. Le festival a sa place dans le guide des festivals français.
Les petites adresses et les stades
Une ville musicale se juge aussi à ses petites salles. À la Croix-Rousse, le Kraspek Myzik et À Thou Bout d’Chant font vivre la chanson et le rock de proximité dans des jauges de quelques dizaines de places. Sur le Rhône, des péniches comme le Sirius ou la Marquise ont longtemps assuré les soirées électroniques et les concerts de club, avec cette particularité du bateau amarré qui tangue quand le public saute. Le Périscope, près de Perrache, est une référence pour le jazz et les musiques improvisées. Et le Groupama Stadium, ouvert en 2016 à Décines, accueille désormais les tournées de stade qui passent en province, à raison de quelques dates par an.
Reste une règle valable partout : à Lyon, le concert commence souvent tôt, vers 20 heures, et les salles ferment à des heures raisonnables parce que les transports s’arrêtent vers minuit et demi en semaine. Les distances entre Villeurbanne, Gerland, la Confluence et Décines sont plus grandes qu’elles n’en ont l’air sur un plan. La comparaison avec les salles parisiennes n’a guère de sens : Lyon offre moins de choix mais des lieux singuliers, où l’architecture compte autant que l’affiche.


