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Coldplay, de Parachutes aux stades du monde entier

Quatre étudiants londoniens, dix albums et la tournée la plus fréquentée de l'histoire : de Yellow à Moon Music, le parcours de Coldplay, groupe qui change de peau à chaque disque sans changer de membres.

Coldplay sur scène : Chris Martin, Jonny Buckland, Guy Berryman et Will Champion. Photo Avatar5991, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Quatre étudiants de University College London, une chanson jaune écrite sous un ciel étoilé des Cornouailles, puis dix albums, sept Grammys et la tournée la plus fréquentée de l’histoire du spectacle vivant. De Parachutes à Moon Music, retour sur le parcours de Coldplay, un groupe qui n’a jamais cessé de changer de peau.

Septembre 1996, résidence Ramsay Hall, à deux pas de Tottenham Court Road. Chris Martin, fils d’un expert-comptable du Devon, arrive à University College London pour étudier le grec ancien et le latin. Dans les couloirs, il rencontre Jonny Buckland, un Gallois élevé à Mold qui traîne sa guitare partout. Les deux passent leur première année à parler musique plutôt qu’à réviser. Guy Berryman, un Écossais inscrit en ingénierie qu’il abandonnera bientôt, entend parler du projet et se propose à la basse. Will Champion, étudiant en anthropologie qui joue de la guitare et du tin whistle, se retrouve derrière la batterie presque par défaut, en 1998. Le groupe s’appelle un temps Pectoralz, puis Starfish, avant de récupérer le nom Coldplay, abandonné par des camarades. Trois décennies plus tard, la formation n’a pas bougé d’un membre. C’est peut-être le fait le plus rare de toute cette histoire.

Yellow, l’été 2000

Les premiers enregistrements sortent en toute petite quantité : l’EP Safety, pressé à cinq cents exemplaires au printemps 1998, puis Brothers & Sisters sur le label indépendant Fierce Panda en 1999. Parlophone, filiale d’EMI qui a signé les Beatles quarante ans plus tôt, propose un contrat au printemps 1999. Le groupe l’accepte à ses conditions, et notamment le partage égal des droits entre les quatre membres, une règle qu’il n’a jamais remise en cause. Un troisième EP, The Blue Room, paraît en octobre 1999, et les sessions du premier album commencent avec le producteur Ken Nelson dans les studios Rockfield, au pays de Galles, puis Parr Street à Liverpool.

Parachutes sort le 10 juillet 2000. Le disque est court, mélancolique, joué presque en retenue. Shiver, le premier single, passe un peu inaperçu. Yellow, publié fin juin, change tout : une guitare qui tourne en boucle, une voix qui monte en tête sans forcer et un refrain que tout le Royaume-Uni chante avant la fin de l’été. Le morceau est né une nuit de séance à Rockfield, quand Chris Martin est sorti regarder les étoiles et a improvisé une mélodie en se moquant gentiment de Neil Young. Trouble et Don’t Panic complètent la série de singles. En février 2001, Parachutes reçoit le Brit Award du meilleur album britannique, puis, un an plus tard, le Grammy du meilleur album alternatif. La presse anglaise range alors Coldplay dans la lignée de Travis et de Radiohead, avec une pointe de condescendance que le groupe mettra des années à faire oublier.

En France, le disque s’installe lentement, porté par les radios qui passent Yellow en boucle jusqu’à l’automne. Le groupe passe par de petites salles parisiennes, puis grimpe d’un cran à chaque visite. Cette progression régulière, sans à-coup, sera la marque de fabrique de sa carrière française.

Le disque qui les a rendus grands

Le deuxième album se prépare dans l’inquiétude. Martin, perfectionniste jusqu’à la panique, jette des sessions entières et repousse la livraison de plusieurs mois. Le groupe déménage l’enregistrement à Liverpool et reprend presque tout à zéro. A Rush of Blood to the Head sort le 26 août 2002 et fait taire les doutes en quelques semaines. In My Place ouvre la marche, puis The Scientist, ballade au piano dont le clip, tourné à l’envers, vaudra au groupe plusieurs récompenses aux MTV Video Music Awards. Clocks, avec son arpège de piano né en fin de séance, devient le morceau que tout le monde reconnaît dès les trois premières notes. Il remporte le Grammy de l’enregistrement de l’année en février 2004.

Aux Brit Awards de février 2003, Coldplay repart avec les trophées du meilleur groupe britannique et du meilleur album. La tournée qui suit, la première à passer réellement à l’échelle des arénas, dure plus d’un an. Chris Martin épouse l’actrice Gwyneth Paltrow en décembre 2003, ce qui le fait entrer dans une autre catégorie de célébrité, celle des magazines qui ne parlent pas de musique. Le groupe s’en accommode mal au début, puis apprend à vivre avec.

X&Y et le poids des attentes

Le troisième album est attendu comme un événement commercial. EMI le dit ouvertement à ses actionnaires, ce qui n’aide pas les musiciens à travailler sereinement. X&Y sort le 6 juin 2005, après des sessions laborieuses avec le producteur Danton Supple, qui a repris le projet en cours de route. Le disque est plus long, plus lourd, tourné vers les claviers et les grandes réverbérations. Speed of Sound reprend la recette de Clocks, Talk emprunte une mélodie de Computer Love de Kraftwerk, avec l’accord des Allemands, et Fix You, écrite pour Gwyneth Paltrow après la mort de son père, devient la chanson de consolation par excellence, celle que l’on entend aux enterrements comme aux finales sportives.

Gros plan sur les touches d'un piano
Image d’illustration : un clavier de piano. Photo Claude Gabriel / Unsplash.

Le succès est massif, la critique plus tiède. Le New York Times publie un article sévère qui qualifie Coldplay de groupe le plus insupportable de la décennie, formule qui colle longtemps à la peau de Martin. Lui-même reconnaîtra plus tard que le disque manquait de surprise. Le groupe en tire une leçon simple : au prochain album, il faudra changer de méthode, et changer de producteur.

Brian Eno et la révolution en costume

Le changement s’appelle Brian Eno. L’ancien de Roxy Music, producteur de U2 et de Talking Heads, accepte de superviser le quatrième album à la condition que le groupe accepte de désapprendre ses réflexes. Les séances se déroulent en partie dans une église désaffectée du nord de Londres et dans une ancienne boulangerie transformée en studio, avec Markus Dravs à la console. Eno impose des exercices, des instruments inconnus, des chansons écrites en un après-midi. Viva la Vida or Death and All His Friends sort le 12 juin 2008, avec en pochette La Liberté guidant le peuple de Delacroix, barbouillée de peinture blanche.

Le titre principal, Viva la Vida, porté par des cordes et une grosse caisse martiale, est le premier numéro un du groupe aux États-Unis comme au Royaume-Uni. Il remporte le Grammy de la chanson de l’année en février 2009. Violet Hill, Lost! et Life in Technicolor complètent un album où les guitares se font discrètes et où les musiciens portent sur scène des vestes militaires d’inspiration révolutionnaire, cousues par eux-mêmes ou presque. La tournée passe par Paris à plusieurs reprises, et le groupe joue désormais devant des foules qui connaissent chaque texte, y compris ceux des faces B.

Mylo Xyloto, en octobre 2011, poursuit avec la même équipe mais bascule vers des couleurs fluo et une pop plus directe. Paradise, Every Teardrop Is a Waterfall et Princess of China, en duo avec Rihanna, montrent un groupe qui a compris que la radio des années 2010 se joue sur d’autres terrains que le rock à guitares. La tournée introduit les bracelets lumineux distribués au public, les Xylobands, qui clignotent au rythme des chansons. Le 2 septembre 2012, Coldplay remplit pour la première fois le Stade de France. Quelques mois plus tôt, aux Brit Awards de 2012, le quatuor a de nouveau été sacré meilleur groupe britannique.

Fantômes, rêves et un Super Bowl

Le sixième album naît dans la douleur d’une séparation. Chris Martin et Gwyneth Paltrow annoncent la fin de leur mariage en mars 2014, avec une formule sur le découplage conscient qui fait beaucoup rire les tabloïds. Ghost Stories, sorti le 19 mai 2014, est un disque nocturne, feutré, presque un album solo habillé par le groupe. Magic et A Sky Full of Stars, coécrite et produite avec le DJ suédois Avicii, en sont les deux visages, l’un intime, l’autre taillé pour les festivals. Le groupe ne part pas en tournée et se contente d’une poignée de concerts dans des salles à taille humaine, dont le Casino de Paris.

Le contraste avec la suite est total. A Head Full of Dreams, en décembre 2015, est un disque de couleurs et de retrouvailles. Beyoncé chante sur Hymn for the Weekend, Noel Gallagher joue de la guitare sur Up&Up, Gwyneth Paltrow elle-même apparaît dans les chœurs d’un titre. Adventure of a Lifetime et son riff disco relancent le groupe sur toutes les radios. Le 7 février 2016, Coldplay assure le spectacle de la mi-temps du Super Bowl 50, à Santa Clara, avec Bruno Mars et Beyoncé en invités. La tournée qui suit, l’une des plus rentables de la décennie, passe par le Stade de France les 15 et 16 juillet 2017, devant deux soirs complets. Le Brit Award du meilleur groupe britannique tombe une troisième fois, en 2016.

Amman, une pause sans tournée

Everyday Life, le huitième album, sort le 22 novembre 2019 et surprend tout le monde. Double disque découpé en deux parties, Sunrise et Sunset, il mêle gospel, chorale, musique ouest-africaine, chanson de protestation contre les violences policières et titre en arabe. Le jour de la sortie, le groupe donne deux concerts, à l’aube et au crépuscule, sur la citadelle d’Amman, en Jordanie, retransmis sur YouTube. Surtout, Coldplay annonce qu’il ne partira pas en tournée tant qu’il n’aura pas trouvé une manière de le faire avec un impact environnemental réduit. Dans un secteur où la tournée est la première source de revenus, la décision fait du bruit.

Un public de stade éclairé par des milliers de téléphones et de bracelets lumineux
Image d’illustration : un public de stade illuminé, comme lors des concerts de la tournée Music of the Spheres. Photo Noiseporn / Unsplash.

La pause dure deux ans et demi. Elle permet au groupe de préparer, avec le producteur suédois Max Martin, l’homme derrière les tubes de Britney Spears et de The Weeknd, un neuvième album conçu comme une fable spatiale. Music of the Spheres, sorti le 15 octobre 2021, s’ouvre sur Higher Power et contient My Universe, duo avec le groupe coréen BTS qui entre directement en tête du classement américain, une première pour Coldplay avec un morceau chanté en partie dans une autre langue que l’anglais. La critique est partagée, le public suit sans hésiter.

La tournée de tous les records

Le Music of the Spheres World Tour démarre le 18 mars 2022 à San José, au Costa Rica, un pays choisi pour sa production d’électricité presque entièrement renouvelable. Le dispositif est pensé dans le détail : planchers cinétiques et vélos qui produisent une partie de l’énergie du spectacle, batteries rechargeables issues de véhicules électriques, bracelets lumineux fabriqués en matériaux d’origine végétale et récupérés à la sortie, un arbre planté par billet vendu. Le groupe publie des bilans, vérifiés par des chercheurs du MIT, qui font état d’une réduction importante des émissions directes par rapport à la tournée précédente. Les sceptiques rappellent que déplacer des dizaines de camions et des centaines de milliers de spectateurs reste une activité lourde, et le groupe n’esquive pas le débat.

La France a droit à un traitement de faveur. En juillet 2022, Coldplay joue quatre soirs au Stade de France, les 16, 17, 19 et 20 juillet, devant près de trois cent mille personnes cumulées, une série que très peu d’artistes ont approchée dans l’enceinte de Saint-Denis. Le groupe y glisse quelques mots de français, invite des musiciens locaux et reprend des morceaux à la demande du public. Deux ans plus tard, en juin 2024, quatre nouvelles dates sont données au Groupama Stadium de Lyon, à Décines, le stade de l’Olympique Lyonnais. À ce moment, la tournée a déjà dépassé le record d’affluence établi par Ed Sheeran quelques années plus tôt, avant de franchir la barre des dix millions de billets vendus, un chiffre revendiqué par le groupe et repris par toute la presse spécialisée.

La tournée s’achève à Londres, au stade de Wembley, par une série de dix concerts entre août et septembre 2025, un record pour la salle. Coldplay est désormais autant un phénomène de société qu’un groupe de musique : les amateurs de guitares soupirent, les autres chantent. Pour comprendre la place du groupe dans le paysage des grandes tournées, notre guide des festivals européens et notre dossier sur la manière dont le streaming a changé la musique donnent quelques clés.

Moon Music et la fin annoncée

Chris Martin a fixé une règle publique : Coldplay publiera douze albums studio, pas un de plus. Moon Music, sorti le 4 octobre 2024, est donc le dixième et l’antépénultième. Max Martin est de nouveau aux commandes, avec une équipe où l’on croise Jon Hopkins et Daniel Green. Feels Like I’m Falling in Love retrouve la grande mélodie ouverte de Viva la Vida, We Pray rassemble Little Simz, Burna Boy, Elyanna et Tini, All My Love revient à la ballade au piano des débuts. Le disque est pressé sur un vinyle fabriqué à partir de bouteilles en plastique recyclées, ce qui dit bien où en sont les priorités du groupe. Au Royaume-Uni, il entre directement en tête des ventes, comme chacun de ses prédécesseurs depuis 2000.

Que reste-t-il, au fond, de la fragilité de Parachutes dans les stades de 2025 ? Plus qu’on ne le croit. Chaque concert de la tournée comprend un moment où les quatre musiciens se retrouvent sur une petite scène avancée, sans écran ni feu d’artifice, pour jouer Sparks ou Trouble devant soixante mille personnes qui se taisent. Chris Martin, quarante-neuf ans en mars 2026, court toujours d’un bout à l’autre de la scène comme un étudiant en retard pour son cours de grec. Buckland, Berryman et Champion, eux, n’ont jamais cherché la lumière. C’est sans doute ce déséquilibre assumé, un chanteur solaire et trois musiciens qui refusent le premier plan, qui a permis au groupe de traverser vingt-six ans sans se déchirer. Reste à savoir ce que contiendront les deux derniers disques promis, et si la promesse sera tenue. Sur ce point, personne, pas même le groupe, ne semble vraiment pressé de répondre. Pour d’autres trajectoires de groupes de la même génération, la rubrique Portraits est faite pour ça.

Les extraits de 30 secondes sont fournis par Deezer ; le lien « Deezer » ouvre le titre complet sur la plateforme.

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